Reportage : Interview de Bruno Saby

« Un défi pour ceux qui partent. Du rêve pour ceux qui restent »

Slogan du Paris-Dakar.

 Après avoir fait l’essai du Mitsubishi Pajero, j’ai décidé de me pencher un peu plus sur son histoire. Celui dont le nom signifie « flemmard » en espagnol, est cependant une véritable icône en terme de franchissement. Il détient un héritage très fort, celui d’un véhicule ayant remporté 12 fois le Paris-Dakar.

J’ai eu la chance inouïe de pouvoir interviewer le célèbre pilote de Rallye Bruno Saby, un des grands gagnants de cette course à bord du Pajero. Je vous laisse découvrir l’interview:

Mitsubishi ne détenait pas au départ l’image des autos les plus fiables où la plus apte à gagner ce genre de Rallye-Raid face à ses concurrents Toyota, Nissan, Range Rover ou encore Land Rover.

L’astuce des Japonais a été de faire appel à une équipe française pour chapeauter l’épreuve. En effet, n’ayant pas une grande expérience du Rally-Raid, les ingénieurs Mitsubishi ont collaboré avec des pilotes français expérimentés,ayant le profil pour gagner l’épreuve, pour développer la voiture.

Citroën avait tendance à battre Mitsubishi, c’est aussi la raison pour laquelle l’écurie est allée chercher des pilotes de vitesse, de rallye traditionnel. Rallier des spécialistes de Rallye-Raid comme Fontenay, Auriol et des pilotes de rallyes traditionnels comme Weber et moi-même, offrait une véritable complémentarité et augmentait les chances de victoires pour Mitsubishi. Cette collaboration était très importante d’autant plus qu’en rallye raid il y a aussi cette notion de kilométrage, d’endurance. Les concurrents parcourent en effet jusqu’à 6000 km d’épreuve chronométrée.

L’autre particularité de Mitsubishi est sa fidélité à l’épreuve. C’est grâce à sa présence récurrente, que l’écurie a su, en collaboration avec les pilotes, faire évoluer le véhicule et l’améliorer.

En effet, les pilotes interviennent dans le développement de la voiture. Afin de réaliser des tests d’endurance et d’essayer le véhicule dans des conditions extrêmes, Bruno Saby partait avec ses copilotes et l’équipe Mitsubishi en essai plusieurs semaines en Afrique, au Maroc ou en Tunisie.

Bruno Saby pourriez-vous nous dire ce qui fait la force de Mitsubishi et du Pajero ?

L’équipe Mitsubishi avait une véritable passion pour cette épreuve. Cela m’a beaucoup épaté.

C’était une grande fierté pour la marque de participer mais surtout de remporter une telle épreuve. Après la victoire du Dakar, je fus reçu au japon, j’ai pu voir ce sentiment de fierté. Grâce aux victoires au Paris-Dakar la marque Mitsubishi a détenu par la suite le marché du 4×4 au Japon. Ce fut une véritable consécration pour la marque de réussir à se démarquer des autres constructeurs en gagnant le Dakar.

La marque a su encore une fois être très forte, puisqu’après l’interdiction des véhicules prototypes par la fédération, Mitsubishi est reparti dans la course et l’a vaincue avec une voiture dérivée de série. Et nous avons gagné le Dakar avec cette version dérivée de série du Pajero.

C’est terriblement surprenant la façon dont Mitsubishi a su rebondir rapidement et d’une façon très efficace.

La prise en main du véhicule vous a t-elle paru rapide sur les différents terrains que vous avez parcouru ? Sur quel(s) terrain(s) le Pajero est-il le plus performant ?

La prise en main du véhicule est rapide. Mais la difficulté du Dakar est que l’on affronte au fil de la course tous les terrains possibles. Lorsqu’ il y avait encore les prologues en France, les chemins en terre types rallyes classiques WRC, obligeaient à avoir un véhicule agile sur les chemins sinueux et rapide. Ensuite, à l’arrivée au Maroc ou en Algérie on commençait à trouver les premiers terrains caillouteux, cassant, et la boue. On se faisait souvent surprendre par la pluie en Afrique du Nord, puis par le froid et encore par la neige. Et enfin la difficulté devenait le franchissement des dunes dès lors qu’on arrivait dans le sud du Maroc.

L’autre grande difficulté du Dakar est l’indépendance totale. En effet, on effectue entre 600 et 800 km par jour sans assistance. On part avec 500L d’essence pour assurer la journée. La voiture pèse donc 500 kilos de plus au début de la journée. On assiste ainsi à une grosse évolution de comportement du véhicule. On utilise un pneu compromis qui doit être suffisamment fiable pour affronter les cailloux et rochers, suffisamment tendre pour avoir plus d’efficacité dans le mou et surtout il faut aussi pouvoir le dégonfler. Quand on roule dans le sable très mou on dégonfle en effet au maximum pour que le pneu soit le plus large possible et donc s’ensabler le moins.

C’est une gestion permanente des conditions de routes changeantes, et c’est une particularité du Pajero. Cette voiture était capable de s’adapter à tous les terrains. Il fallait bien sur savoir aussi exploiter ses compétences, mais la voiture avait été développé par Mitsubishi pour faire face à ces conditions changeantes.

Pourriez-vous nous raconter votre meilleur souvenir à bord du Pajero et le pire ?

J’ai découvert le Rally-Raid avec l’écurie Mitsubishi en janvier 1992 et réussi à être en tête de la course dès le départ de la discipline. Ceci est très impressionnant pour un débutant, d’autant plus que je ne connaissais pas encore très bien le véhicule. Mais malheureusement, je me suis mis sur le toit au fil de la course. Je l’ai quand même terminée, je suis allé au bout et gagné beaucoup d’expérience pendant ces 3 semaines. Mon but était en effet d’acquérir de l’expérience pour la suite et dès ma seconde participation au Dakar, en 1993, j’ai gagné. Ma déception fut de me mettre sur le toit mais ma première sortie fut quand même très bénéfique.

Souvent les voitures ont de petits défauts que les pilotes apprennent à maitriser, pourriez-vous définir celui ou ceux du Pajero?

C’est un défaut qui existait chez tous les constructeurs, donc commun à tous les véhicules engagés: les suspensions.

C’est le paramètre le plus important de la préparation d’un véhicule de rallye raid. Et nous étions confrontés à un problème : à haute vitesse lorsque nous prenions de mauvaises saignées, la voiture avait tendance à ruer, l’arrière avait tendance à se lever plus que l’avant. Le risque était de faire des tonneaux par l’avant.

 Que pensez-vous de l’évolution du Pajero?

 La force de Mitsubishi c’est d’avoir su faire d’une voiture dérivée de série une voiture victorieuse, une voiture à la fois performante, adaptée, fiable, et facile à conduire. Je n’ai pas eu la chance d’essayer le nouveau Pajero mais il paraît que le véhicule a bien progressé en confort et en facilité de pilotage. En contrat avec Honda, mais habitant à la campagne, j’ai gardé un Pajero pour pouvoir assurer le coup lors des conditions météorologiques extrêmes. Et si l’envie me prend d’aller faire une ballade en Afrique je suis équipé car j’ai mon Pajero. Cette voiture m’apporte beaucoup de satisfaction.

Aimeriez-vous refaire cette course ? Si oui avec quel véhicule ?

Toujours passionné de course automobile, je surveille cette discipline de près et je regrette que Mitsubishi n’y sois plus officiellement. Pour ma part j’ai aujourd’hui tourné la page. Il faut laisser la place aux jeunes. Le terrain de jeu en Amérique du sud est aussi intéressant qu’en Afrique. Pour moi pilote c’est beau d’avoir sauvé le Dakar, l’originalité d’un rallye raid c’est d’être toujours sur un terrain différent.

Auriez-vous une anecdote de pilote à nous raconter ?

Il y a une seule année où je n’ai pas terminé le Dakar avec l’écurie Mitsubishi. Nous n’avons pas abandonné mais le Team Manager de l’époque a retiré les voitures de la course car nous n’avions pas été récompensé pour avoir respecté le parcours. En effet, en 1994, il y avait une zone extrême de franchissement dans le parcours. Personne n’avait pu passer sauf les deux Mitsubishi Pajero, de Fontenay et de moi même. Nous avons réussi à passer dans cette zone difficile. L’organisateur nous avait dit, que ceux qui termineraient cette étape seraient classés. Cependant, dans une organisation de rallye, il y a l’organisateur qui a décidé du parcours et fait son règlement et il y a un collège de commissaire qui a été désigné par la Fédération des Sports automobiles et qui est là pour juger qui de l’organisateur ou du concurrent a raison en situation de conflit. Malheureusement, alors que l’organisateur disait qu’il fallait respecter le parcours pour être en mesure d’être classé, le collège des commissaires a lui jugé que le parcours était tellement extrême, tellement difficile, que les concurrents qui avaient fait demi-tour avaient eu raison. Je trouve que ceci ne reflète pas l’esprit du Dakar, qui est de respecter le parcours. Mais c’est la décision tranchée par le collège des commissaires qui a eu gain de cause. Comme nous n’avions pas été récompensé pour avoir réussi à respecter le parcours et à franchir cette étape difficile, le Team manager de Mitsubishi a donc décidé de retirer les voitures de la course. C’est le seul Dakar que je n’ai pas terminé avec Mitsubishi. Nous avons fait cependant la une des journaux, aux yeux de la presse, des passionnés et grand public nous étions les « Les héros du Dakar ».

Encore un grand merci à Bruno Saby, pour avoir répondu si gentiment à ces quelques questions.

 Propos recueillis par Audrey R.

 

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